Histoire

L’ISTHME, LE TOMBOLO, LE FORT, QU’EN EST-IL ?

Formation et intérêt historique de l’isthme de Penthièvre.
Sur une quinzaine de kilomètres, le tombolo de Quiberon s’étire en plein océan, puis se retrouve étranglé au niveau de l’isthme, dominé par le fort Penthièvre. Ici, la nature a créé un paysage insolite avec un contraste saisissant entre l’océan et ses falaises lacérées, soumises aux pires tempêtes, et le calme, la douceur des plages dorées de la baie. Ce long filament sableux et plat, à fleur d’eau est un tombolo pour le géographe (ce mot d’origine italienne désigne la flèche littorale, simple, double ou triple, formant un isthme à l’intérieur duquel subsistent des lagunes). Ou bien, il s’agira du « sillon » pour le vieux Quiberonnais.

1. Formation et évolution du tombolo

Pour expliquer un tel phénomène, il ne faut pas avoir peur d’aller à l’encontre des idées reçues. On part d’habitude du postulat que la partie ouest de la côte (océan), pourtant frappée par de violentes tempêtes du fait des vents dominants d’Ouest ou de Sud-Ouest, s’effrite moins qu’à l’Est, où les falaises de taille plus modestes s’éboulent au fond des baies abritées. Pourtant, le taraudage des grottes, la perforation des arches, comme à Port-Blanc, les promontoires élancés sur la Côte Sauvage sont des ouvrages impressionnants, souvent attribués à l’action de la mer. En 1746, un officier français chargé de chasser les Anglais de la presqu’île écrit à propos de l’isthme de Quiberon : « Cette langue de terre est seulement large de 20 toises (à peu près 40 mètres) et si les ennemis la coupent, ce qui peut être fait en une demi-journée, elle ferait une île parfaite. Il m’a paru que la longueur de cette langue peut être de 120 toises (240 mètres environ), dans les grandes eaux, cette langue est presque couverte. » L’isthme s’est encore rétréci pour ne plus atteindre qu’une vingtaine de mètres de large vers 1930. Les Ponts et Chaussées (en 1870), puis la Compagnie d’Orléans (en 1882) l’ont consolidé pour permettre le passage de la route Quiberon-Saint-Malo et de la voie de chemin de fer Auray-Quiberon. C’est cette dernière qui reliera définitivement la presqu’île au continent.
La digue à l’ouest n’a jamais souffert depuis son édification ; par contre à l’Est, l’entretien doit être constant. Au début du siècle, une exploitation de goémon s’installe en bordure du rivage de la baie (à hauteur de l’ex colonie de vacances des Ardennais) : un estivant fait construire une villa dans les environs, malgré les avertissements de la municipalité. En 1936, lors d’une violente tempête d’Est, doublée de forts coefficients de marée, la mer gagne 30 mètres en une nuit. La villa se retrouve encerclée par la mer, et on doit l’abattre. En 1962, la route départementale est coupée au niveau de la cale par un affaissement provoqué par la succion du flot sous celle-ci. En dessous de la cale, on découvre un ruisseau d’eau douce. Les enfants de Plouharnel, qui fréquentent les écoles de Quiberon, doivent être transbordés ; en effet, les cars ne peuvent plus passer et le train franchit l’isthme à vitesse réduite. Les canalisations d’eau, de gaz et d’électricité ont souffert et la presqu’île est privée de ce confort pendant plusieurs jours. Des travaux d’élargissement et de consolidation sont alors entrepris. Le recul s’est produit partout du Conguel au Bégo, mais ce sont les parties les plus basses qui souffrent le plus. Le flot non contenu s’étend facilement ainsi à hauteur du Parco ou à Kermahé, Kerhostin ou plus encore à Penthièvre au niveau du camping municipal.
 l’Est plus qu’à l’Ouest réside le risque de rupture du cordon. En effet, les ruptures éventuelles du tombolo se produisent généralement par tempête d’Est et non d’Ouest, car les îlots rocheux entre la pointe de Beg-en-Aud et l’île de Téviec arrêtent ou brisent la puissance des vagues, tandis que les vagues engendrées par les vents d’Est, rares mais parfois violentes, ne rencontrent aucun obstacle avant Penthièvre. Toutefois, les vents ne sauraient tout expliquer ; on est en présence depuis le début du vingtième siècle d’un mouvement positif de la mer côté baie. On en vient alors à invoquer une hausse sensible des fonds de la baie par des apports d’alluvions venus de la Vilaine, de la Loire, voire de la Gironde : le rocher de Men-er-Roué, en pleine baie, est presque enseveli sous les dépôts. En parallèle, les courants donnent une bonne explications du modelé dunaire et de l’implantation du tombolo. Ce sont eux qui portent vers la baie les débris de grands collecteurs comme la Vilaine ou la Loire. L’un des courants prend en écharpe la presqu’île à partir de la pointe du Conguel, glisse le long du littoral oriental, s’amortit peu à peu, alourdi par la masse d’alluvions puis freiné par la diminution des profondeurs ; il finit par allonger la flèche de Pen-er-Lé. L’autre courant se forme aux alentours de Hoëdic, de Houat ou de la pointe du Conguel, puis se déplace vers l’arc sableux tendu entre la pointe de Beg-en-Aud et l’île de Rohellan.

2. Intérêt historique lié à l’activité du fort

C’est en 1746, suite à la descente anglaise sur la presqu’île, que le duc de Penthièvre demande la construction d’un ouvrage militaire pour défendre l’entrée de la presqu’île. Cet ouvrage, ainsi que l’isthme porteront désormais le nom du duc. En 1747, le ministre de la Marine débloque 6 000 livres pour l’édification d’une redoute sur la pointe rocheuse de La Palice qui surplombe l’isthme. En 1761, trois nouvelles redoutes sont érigées côté baie pour renforcer la défense de la presqu’île.

2.1 « L’affaire de Quiberon »

Le samedi 27 juin 1795, les Émigrés, appuyés par une escadre anglaise, débarquent à Carnac pour se rallier aux Chouans avec l’objectif d’envahir la Bretagne et de faire tomber la République. Le 30 juin, le débarquement est achevé et la décision d’attaquer la presqu’île est prise. Le 3 juillet, le fort Sans-Culotte (rebaptisé ainsi pendant la Révolution), se retrouve encerclé par 6 000 hommes sur le tombolo et 4 000 débarqués au Rohu, alors qu’il ne peut opposer que 160 soldats. Il est contraint de capituler. Mais après cette victoire, des divergences entre les chefs royalistes vont empêcher la marche sur Vannes et Rennes. Cela permet au général Hoche de réunir des troupes et de passer à l’attaque dès le 6 juillet. Les Chouans et les Émigrés quittent alors Carnac et sa région dans la plus grande confusion pour rejoindre la presqu’île. Hoche reprend Sainte-Barbe et y installe son armée, bloquant ainsi toute sortie de la presqu’île. Le 16, les royalistes tentent une sortie mais sont décimés. Le 19, Hoche décide d’attaquer le fort Penthièvre. Le lendemain, à 23 heures, son armée s’ébranle, se divise en trois colonnes avec un corps central, une colonne le long de la baie et une autre le long de l’océan. A 2 heures du matin, le fort tombe aux mains des républicains grâce à la désertion et à la trahison de certains gardes ; et à 6 heures, les derniers émigrés acculés au Fort Neuf près de Port-Haliguen, se rendent.
En 1826, les travaux du fort ne sont pas terminés. La paix signée avec l’Angleterre fait hésiter Charles X à les poursuivre; il demande une enquête dont il ressort que la valeur stratégique du fort est évidente mais qu’il est en ruine, que ses parapets tombent dans les fossés et que son état ne permet pas de le défendre. En 1846, le Génie militaire achève les travaux des ouvrages extérieurs du fort et en 1850, le fort est totalement terminé. A part quelques aménagements, l’architecture du fort n’évoluera plus.

2.2 L’occupation Allemande

Dès le 22 juin 1940, les Allemands entrent dans la presqu’île. A partir de 1941, l’organisation Todt commence les travaux de construction du Mur de l’Atlantique et l’arc dunaire Gâvres-Penthièvre, site stratégique, est hérissé de fortifications. Le fort Penthièvre en fait partie et constitue la pièce maîtresse du dispositif de la presqu’île. En 1942, les travaux s’accélèrent et les anciennes batteries de la presqu’île sont réarmées. En effet, le général Eisenhower évoque la possibilité d’un débarquement allié en baie de Quiberon, si la situation venait à se bloquer en Normandie. En 1944, le fort Penthièvre devient lieu de détention et d’exécution pour les « terroristes de la Résistance », où un tribunal militaire siège assez souvent et où les exécutions deviennent courantes. Le 11 juillet, le chef de la Gestapo de Vannes demande que l’on fusille 50 résistants dont la plupart ont été raflés dans une noce à Locminé. Le lendemain, les prisonniers arrivent au fort où ils seront torturés, puis abattus le 13 par des soldats russes (armée Vlassov), sans jugement, deux par deux, les mains ligotées avec du barbelé. Les corps seront jetés dans une fosse, qui sera murée. En août 1944, la quasi-totalité de la Bretagne est libérée, mais les allemands s’enferment dans la poche de Lorient. Il faudra attendre le 7 mai 1945 pour qu’ils se rendent et que la presqu’île soit libérée.
En 1962, à la fin de la guerre d’Algérie, un détachement militaire rapatrié d’Arzew, comprenant des chars et des engins amphibies est mis en garnison au fort Penthièvre. Pour la mise à l’eau des véhicules, il construit une cale côté Baie, laquelle est progressivement rongée par la mer. En 1965, la presse annonce le déclassement du domaine militaire d’une centaine de forts pour être vendus : sur la liste se trouve le fort Penthièvre. Mais celui-ci sera maintenu. A ce jour, il est toujours occupé par quelques militaires et certains régiments viennent souvent y effectuer des exercices. Il faut noter qu’il est inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques.

3. Les villages de Penthièvre et de Kerhostin

Kerhostin s’est développé sur deux axes Est-Ouest. Le groupement dense et pittoresque des habitations (la densité dépasse 40 logements à l’hectare) constitue un petit bourg. Les maisons sont parfois altérées, mais l’ensemble conserve une certaine qualité. À noter la présence d’un habitat gallo-romain à moitié enseveli sur la falaise du côté océan : il aurait été occupé jusqu’au Moyen-Âge.
Les hommes du village étaient pour la plupart marins, partis en mer tout au long de l’année. Le rôle des femmes était donc extrêmement important : en plus de la tenue de la maison et de l’éducation des enfants, elles cultivaient les champs et élevaient les bêtes qui constituaient la maigre richesse de la famille.
Jusque dans les années 1950, la population du village était assez importante pour justifier la présence d’une école et de plusieurs commerces : boulangerie, épicerie, poissonnerie, quincaillerie et électro-ménager, mercerie entre autres. La disparition progressive des activités et notamment des conserveries de sardines (Quiberon fut en 1956 le premier port de France pour ce poisson) a entraîné le départ de nombreux jeunes, une érosion progressive et un vieillissement de la population. Beaucoup de maisons sont ainsi vides pendant l’hiver, auxquelles il faut ajouter les nombreuses résidences secondaires qui ont vu le jour depuis cette époque. Un léger redressement se dessine avec le retour au pays d’anciens natifs maintenant à la retraite et l’arrivée de nouveaux habitants.
C’est cette situation nouvelle qui a conduit certains d’entre eux à créer une Association dont le but est de relancer l’activité dans le village et d’y améliorer la qualité de la vie : Vivre à Kerhostin ( VAK ).

Fin du texte original de fin 2000.

Qu’en est-il 5 ans plus tard?

Le négatif d’abord, contre lequel nous ne pouvions pas grand’chose: les fermetures de commerces pour des raisons diverses (retraite, décès entre autres). La plus pénible est celle du dernier magasin d’alimentation qui pénalise un peu tout le monde et surtout les personnes démunies de moyen de transport personnel. Ne nous restent que le bar-restaurant « Le Relais » ouvert toute l’année le midi (et bien sûr le soir en saison) et la boulangerie Boblique qui n’ouvre qu’à la belle saison et s’efforce de diversifier ses services (journaux en particulier). Qu’ils soient remerciés de maintenir cette activité dans le village.

Le positif, il y en a beaucoup. L’installation ou le retour de jeunes couples. Des enfants qui jouent dans les rues et sur la plage, ça vous met de la vie toute l’année dans le village. Et ça fait même venir le Père Noël!

La réfection de la route, son fleurissement, la pose d’un revêtement moins bruyant, la création de places de stationnement, tout cela rend l’arrivée dans Kerhostin plus agréable. Quand le rond-point du camping aura ramené tout le monde à une vitesse normale, notre gratitude envers ceux qui ont œuvré à ce changement -la municipalité en particulier- sera totale.

Les rues sont embellies grâce aux fleurs plantées et entretenues par les riverains; quelques arbres ont été plantés; un espace vert a été aménagé près du terrain de boules avec table et bancs; des murets redressés et consolidés; des bancs posés à plusieurs endroits. S’il n’y avait ces encombrants fils électriques et téléphoniques qui coupent le regard vers le bleu du ciel, tout serait quasiment parfait. Tout ceci, vous pouvez le constater en allant visiter les différents albums photos présents sur le site.

Et bien entendu, les animations. Hors saison, le repas de fin d’année et la fête du far-cochon grillé début juin; en saison les nettoyages de plage et du village,le vide-greniers, le fest-noz qui voit passer près de mille personnes venues danser et déguster galettes et crêpes. Sans oublier la soirée Contes sur la plage avec lever de Lune garanti et la soirée musicale offerte par la municipalité.

Tout cela grâce à une équipe d’amis qui lance des idées, suit leur réalisation, met la main à la pâte et travaille sans compter pour que notre village garde sa beauté et sa convivialité.

2 réflexions au sujet de « Histoire »

  1. Bonjour,pourriez vous me transmettre des infos concernant l’historique du nom HOSTIN pour ce village.J’habite AJACCIO mais je suis né à QUIBERON en 1946 à l’usine SAUPIQUET,dont mon grand père maternel était le gérant,mon père a été directeur de l’école st CLEMENT à quiberon de 46 a 1949 ensuite il est rentré dans la marine marchande à la Compagnie Générale Transatlantique,il a pris sa retraite en 1973 et décédé en 83 a quiberon.Pour l’origine de KERHOSTIN village des HOSTIN d’après ce que mon pére m’avait dit a l’époque il se pourrait que ce soit mon arrière, arrière grand-père qui aurait fondé ce village et qu’a la révolution il aurait eu le signe distinctif de BARON.

  2. Pour répondre à Gilles Hostin, je suis en recherche également de cette famille Hostin qui avait implanté une conserverie à ETEL , en 1890. Celle-ci fut cédée au beau-fils, du nom de LORCY, dans les années 1910, qui possédait également des parcs à huîtres dans la rivière d’ETEL. Avez-vous connaissance de cela ?

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